Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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Décès de Monsieur Pierre Pfeffer. Durant un demi-siècle il fut un acteur majeur de la protection de la nature, tant au plan national qu’international. Voir sa biographie.
 
CHABASON Lucien
jeudi 18 octobre 2012
par Isabelle Arpin , Karine-Larissa Basset
popularité : 72%
Conseiller du Premier ministre sur les questions d’environnement (1974-76 et 1976-77), chef du service de l’espace et des sites au ministère de l’Urbanisme et du Logement (1978-1984), directeur du SRETIE (1984-1988), président du conseil d’administration du parc national des Cévennes (1986-1991) ; directeur de cabinet de Brice Lalonde (1988-1992) ; rapporteur avec Jacques Theys du plan national pour l’environnement (1990) ; directeur du Plan d’Action pour la Méditerranée (1994-2003), directeur délégué puis conseiller de l’Institut pour le Développement Durable et les Relations Internationales (IDDRI) depuis 2003.

Lucien Chabason est né le 20 mars 1941, à Paris, de Joseph et Esther, née Konstantinover. Son père, d’origine juive polonaise, est ouvrier. Arrêté en mai 1941, il est déporté et gazé à Auschwitz en août 1942. Pendant la guerre, Lucien Chabason est caché et vit avec son frère ainé Michel chez des cultivateurs de la Sarthe, puis est à nouveau placé après la Libération, cette fois dans l’Oise. Il exprime aujourd’hui la conviction que cette immersion précoce dans un territoire rural a exercé sur son parcours une influence déterminante : la campagne de son enfance ne cessera de lui apparaître comme un « paradis perdu ». Très tôt aussi, il découvre le Massif Central, où sa famille d’accueil l’emmène à plusieurs reprises.

Élève doué, il est poussé par ses instituteurs à poursuivre des études. Il est en conséquence soustrait à sa famille d’adoption et ramené à Paris, pour étudier au collège Colbert puis au lycée Turgot. Il décrit le retour dans la capitale comme un arrachement traumatisant. Après le baccalauréat, il opte pour l’Institut d’Études Politiques de Paris ; il est aussi licencié ès lettres et en droit et diplômé d’études supérieures de droit public. De 1962 à 1964, il fait une licence de sociologie. Il cite parmi ses professeurs le sociologue américain Paul Lazarsfeld (1901-1976), qui exerce en France une grande influence en enseignant des méthodes rigoureuses d’observation et d’explication des opinions [1] , Raymond Aron, l’historien Ernest Labrousse et Otto Klineberg. Lucien Chabason éprouve pour les sciences sociales et notamment l’histoire économique et la psychologie sociale un intérêt qui ne se démentira pas. Tout au long de sa carrière, il nourrit sa réflexion de travaux universitaires. Il poursuit ses études à l’ENA, promotion 1966-68 (Turgot). Il y rencontre Francis Dollfus (1940-1982), qui devient un ami proche. Très intéressé par la protection des sites et des paysages, Francis Dollfus effectue un stage à la préfecture de Mende. Il fait découvrir la Lozère à Lucien Chabason, dont le goût pour le Massif Central se trouve renforcé. Son enfance et sa jeunesse sont ainsi marquées par la guerre, par une ascension républicaine exemplaire et par une expérience de la rupture entre la vie parisienne et la vie rurale.

Haut fonctionnaire et dissident

À la sortie de l’ENA, Lucien Chabason opte pour le corps préfectoral et est nommé directeur du cabinet du préfet du Vaucluse (1968-1971). Le Vaucluse qu’il découvre au début des années 1970 connaît une transformation rapide et massive sous l’effet du modernisme triomphant des années Pompidou : une base militaire a été installée sur le plateau d’Albion, des surfaces commerciales sortent de terre à la périphérie des villes, les opérations de remembrement de grande ampleur se multiplient. Lucien Chabason est d’autant plus choqué par ce bouleversement rapide des espaces et paysages ruraux qu’il constate que l’administration y contribue fortement et en est parfois responsable. Il n’est cependant pas opposé à la modernisation du pays. Il estime important de transformer les structures agricoles, de développer le tourisme et de créer des infrastructures mais sans massacrer la nature, en exploitant intensivement certaines zones plutôt qu’en intervenant partout, avec un rendement faible, et en créant des zones protégées comme le parc naturel régional du Luberon. Ne pas tout gâcher ni, surtout, gâcher pour rien : l’objectif suppose d’introduire dans la haute administration française un souci de l’environnement qui n’y est guère présent, même après la création du ministère de l’Environnement (janvier 1971). Le but de Lucien Chabason est de faire de la protection de l’environnement une grande fonction d’État. Il souhaite la mise en place d’une administration de plein exercice, chargée de défendre une cause bien identifiée. De l’intérieur, il mène un travail de réforme de l’administration, se plaçant de manière à repérer et à déjouer les mécanismes de destruction de la nature. C’est prendre le risque de se heurter à des intérêts financiers, économiques et politiques puissants. Il entre « en dissidence », au sein d’un appareil administratif dont son statut de haut fonctionnaire lui permet de connaître les arcanes et de maîtriser les rouages.

C’est ainsi par l’aménagement du territoire que Lucien Chabason vient à la protection de la nature. C’est aussi comme amateur de peinture, de littérature et de poésie et comme pratiquant de loisirs de plein air : vélo, randonnée à pied et à ski de fond, alpinisme. Il a le goût des grands espaces, de la montagne et des rivières sauvages. Des rencontres et des lectures l’incitent également à se lancer dans la protection de la nature. Parmi les personnes qui l’ont influencé, il retient notamment Jean Sainteny (1907-1978), qui a créé en 1967 l’association française pour le Fonds Mondial pour la Nature (FMPN), devenu en 1971 le fonds français pour la nature et l’environnement (FFNE). Il cite aussi des ouvrages : Les racines du ciel, de Romain Gary, qui relate le combat infatigable et résolument apolitique d’un rescapé des camps de la seconde guerre mondiale en faveur de la protection des éléphants, Avant que nature meure, du naturaliste Jean Dorst (1924-2001) et La fin du paysage, préfacé par Bernard Charbonneau (1910-1996), qui paraissent respectivement en 1956, 1965 et 1972.

Après le Vaucluse, il est nommé sous-préfet d’Ussel, en Corrèze, circonscription qu’a remportée Jacques Chirac aux élections législatives de 1967. Tout en créant des liens avec les milieux politiques, Lucien Chabason observe et combat d’autres processus de destruction de la nature à l’œuvre. Il s’oppose à la destruction des volcans d’Auvergne par l’exploitation de carrières, à la construction de stations de sports d’hiver dans le Massif du Sancy et à l’édification de barrages. Les luttes qu’il mène contre les projets d’équipement sont motivés par son amour des espaces encore sauvages et le plaisir qu’ils offrent à ceux qui les parcourent sans les dénaturer. Son point de vue n’est pas celui du scientifique appréciant et mesurant la richesse ou l’originalité d’un écosystème menacé mais celui d’un esthète et d’un homme qui éprouve un besoin d’espace libre, se référant à une écologie de la wilderness inspirée des parcs nationaux nord-américains. Au lycée agricole de Neuvic, il délivre en 1973/74 son premier enseignement de droit de l’environnement aux élèves du nouveau BTS Protection de la nature dont certains feront carrière dans les parcs.

Stratège et tacticien

Lucien Chabason estime que l’efficacité de son combat de haut-fonctionnaire pour la préservation de l’environnement suppose d’être au cœur du système et suffisamment haut placé dans la hiérarchie pour pouvoir exercer un pouvoir discret mais efficace d’influence et de décision. Après avoir été chargé de mission au cabinet de Jacques Chirac (alors Premier ministre) de 1974 à 1976, il entre au cabinet de Raymond Barre où il est chargé des questions d’environnement (1976-1977). La politique française en matière d’environnement est alors marquée, d’une part par l’adoption de la loi de 1976 sur la protection de la nature et les appels aux économies d’énergie consécutifs au choc pétrolier du début de la décennie et, d’autre part, par la poursuite de l’engagement dans la voie du tout nucléaire et le développement du tourisme de masse en montagne et sur le littoral. Lucien Chabason s’emploie tout particulièrement à protéger ces régions visées par les promoteurs immobiliers.

Pour ce faire, il raisonne en homme de mission et en stratège : où faire peser de maigres forces pour l’emporter contre un adversaire mieux armé ? Il faut identifier là où des chances de réussir existent et trouver des alliés, quels qu’ils soient. Il n’hésite pas à s’appuyer sur les différents courants de l’écologie, scientifique, spirituelle ou politique : tout est bon, pourvu que la nature y gagne. En revanche, l’opposition frontale des militants écologistes, qu’il connaît bien et sur lesquels il s’appuie, lui semble parfois contre-productive. Il ne s’agit pas seulement de combattre mais de faire évoluer les indifférents, les sceptiques et les réfractaires, en faisant preuve d’empathie. Il faut aussi trouver les bons arguments ; sa connaissance de la psychologie sociale est ici un atout. Il faut encore savoir tirer parti des situations. Stratège, donc, mais aussi tacticien.

Après avoir été conseiller du Premier ministre Raymond Barre pour les questions d’environnement, Lucien Chabason dirige la mission de l’environnement rural et urbain au ministère de l’environnement (1977-78). Il s’implique fortement dans l’élaboration de la directive d’aménagement national relative à la protection et à l’amélioration de la montagne (approuvée par décret n°77-1281 du 22 novembre 1977), qui restreint les possibilités de construction en montagne et interdit les déposes touristiques en altitude au moyen d’un hélicoptère ou d’un avion. Il est ensuite délégué adjoint à la Qualité de la vie au ministère de l’environnement et du cadre de vie (1978).

De 1978 à 1984, il dirige le service de l’espace et des sites au ministère de l’urbanisme et du logement. Son objectif reste le même : « donner une légitimité à cette question de l’environnement au sein de l’État quand elle ne l’avait pas ». La protection de la nature est selon lui dans une position « très mauvaise » pendant tout le début du premier septennat de François Mitterrand, marqué par une remise en cause des actions antérieures, jusqu’à un changement de la politique socialiste et l’arrivée d’Huguette Bouchardeau au ministère de l’environnement (juillet 1984). Lucien Chabason joue un rôle important dans l’élaboration de la loi relative à l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral (loi n°86-2 du 3 janvier 1986), dont il a souvent été présenté comme le « père » et dont il a notamment rédigé les articles qui réduisent les possibilités d’urbanisation. Un conflit violent au sujet des Jardins du Rayol, dans le Var, l’oppose ensuite au ministre de l’urbanisme et du logement Roger Quillot puis Paul Quilès. Ayant défendu l’acquisition des Jardins par l’État alors que le ministre a donné son accord de principe à des aménageurs, Lucien Chabason doit quitter la direction de l’espace et des sites. François Mitterrand, qu’il a connu dans le Vaucluse, demande à Ségolène Royal, à qui le Président vient de confier l’environnement, de lui trouver un poste : ce sera la direction, au ministère de l’environnement, du Service de la Recherche, des Études et du Traitement de l’Information sur l’Environnement (SRETIE), créé tout spécialement pour lui.

L’élargissement des préoccupations par la recherche

Lucien Chabason désigne la direction du SRETIE, de 1984 à 1988, comme une étape importante de son parcours professionnel et personnel, marquée par un élargissement de ses centres d’intérêt et par sa rencontre avec Anne Vourc’h, qui a fait une thèse sur la chasse en Cévennes et devient sa compagne. Lui qui n’est pas venu à l’environnement par la science découvre les milieux scientifiques. Il s’emploie particulièrement à développer la place des sciences sociales dans les recherches sur l’environnement, dont il juge l’apport crucial pour parvenir à modifier les comportements. Aussi recrute-t-il des chercheurs comme les sociologues Bernard Kalaora et Anne Cadoret qu’il charge de favoriser le montage de programmes de recherche et initie-t-il des colloques. Plusieurs ouvrages collectifs paraissent dans ces années ou celles qui suivent. D’abord Protection de la nature. Histoire et idéologie. De la nature à l’environnement, dirigé par Anne Cadoret. Issu d’un colloque pluridisciplinaire organisé par le SRETIE en mai 1985, l’ouvrage présente un premier état d’avancement de la recherche française dans ce domaine. Quatre ans plus tard, un colloque plus philosophique débouche sur la parution de Maîtres et protecteurs de la nature, dirigé par Alain Roger et François Guéry. En 1992 suit La Terre outragée. Les experts sont formels !, codirigé par Jacques Theys et Bernard Kalaora. La période est marquée par la recherche sur les pluies acides qui est une sorte de première expérimentation de ce que seront ensuite les interfaces entre science et politique.

C’est aussi pendant cette période que Lucien Chabason assure, un mandat durant, la présidence du conseil d’administration du parc national des Cévennes. Le Directeur de la protection de la nature François Letourneux l’a appelé à présenter sa candidature à la suite d’une crise politique entre le président sortant, Michel Monod, et Jacques Blanc, élu aux élections régionales de 1986 avec l’appui du Front national. Fort de sa connaissance de la région et des attaches qu’il y entretient, Lucien Chabason mène campagne durant l’hiver 1986 et l’emporte face à Michel Monod, en dépit de l’estime générale dont jouit cet élu cévenol. Jusque-là, il s’est plutôt impliqué dans la vie et les instances des parcs nationaux de haute montagne, davantage menacés par de grands projets d’équipement et qui répondent mieux à sa volonté de préserver les espaces de wilderness. Il estime en effet plus utile d’agir là où les enjeux de protection sont les plus forts. Or, contrairement aux Alpes et aux Pyrénées, les Cévennes ont autant besoin d’être revitalisées que protégées.

En 1988, Raymond Barre, candidat aux élections présidentielles soutenu par l’Union pour la démocratie française (UDF), lui demande d’être son expert pour les questions d’environnement. Il est ensuite, jusqu’en 1992, directeur de cabinet puis chargé de mission auprès de Brice Lalonde qui, après avoir été le candidat écologiste aux élections présidentielles de 1981, est nommé secrétaire d’État à l’environnement par Michel Rocard en mai 1988. Les deux hommes ont une volonté commune de conforter la place de la France dans l’action environnementale internationale. Durant cette période, Lucien Chabason anime le groupe de travail chargé d’élaborer un plan national pour l’environnement (1990), dit « plan vert », qui identifie les principaux enjeux en matière de préservation de l’environnement, fixe les objectifs à atteindre et définit les réformes à mener et les moyens à prendre pour y parvenir. Rédigé avec Jacques Theys, le plan pointe pour la première fois la responsabilité de l’agriculture intensive dans la pollution de l’eau. Il prévoit, par exemple, la création d’Écoemballage, afin de réduire les déchets à la source, et celle d’un institut français de l’environnement, chargé des fonctions de surveillance et d’évaluation de l’environnement, qui sera créé le 18 novembre 1991 (et supprimé en novembre 2008). Le Plan débouche sur la création de l’ADEME et des Diren, marquant un moment important de l’émergence et de la consolidation des fonctions environnementales au sein de l’État.

Encouragé par Brice Lalonde, Lucien Chabason se présente sous l’étiquette Génération Écologie aux élections régionales de 1992. Il choisit le Var, où son travail pour élaborer la loi littoral lui a permis de tisser des liens solides, et est élu. Il dit cependant avoir peu de goût pour la chose politique et peu de foi dans la capacité de l’écologie politique à faire progresser la préservation de l’environnement : celle-ci doit selon lui rester un domaine protégé de l’action publique, défendu par des personnes entièrement dévouées à leur mission et ne venant pas interférer avec des logiques purement politiques.

Il passe ensuite un an et demi dans un « placard » à la direction de l’eau, à la suite d’un différend qui l’a opposé à Michel Charasse, sénateur du Puy-de-Dôme et alors ministre du budget, au sujet d’un projet d’autoroute en Auvergne. Michel Barnier, ministre de l’environnement d’origine savoyarde qu’il connaît pour s’être impliqué en faveur de la préservation de la montagne et avoir collaboré avec lui au moment du « plan vert », appuie sa candidature au poste de directeur d’une convention administrée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le plan d’action pour la Méditerranée (PAM).

À l’international, le Plan d’Action pour la Méditerranée et l’IDDRI

Lucien Chabason prend la tête du PAM au cours de l’été 1994. Il sera reconduit à ce poste jusqu’en 2003. Il met à profit ses compétences de juriste et les connaissances acquises durant ses études, de manière à convaincre l’ensemble des pays à aller le plus loin possible dans la préservation de la Méditerranée, en dépit de leurs multiples et souvent très profonds désaccords politiques. Le contexte onusien est, de fait, fort différent de celui qu’il a connu en France. À défaut de disposer de moyens d’action directe, il s’agit avant tout de convaincre et d’alerter, en développant des talents de pédagogie et de diplomatie et en rendant publics les décalages entre les déclarations d’intention des gouvernements et leur prise en compte effective de l’environnement. Au cours de cette période, plutôt propice aux avancées du fait de la relative amélioration des relations israélo-palestiniennes, une nouvelle convention est adoptée à Barcelone en 1995 et de premières aires internationales spécialement protégées sont créées. Observant que la modération sur la forme favorise la fermeté sur le fond, Lucien Chabason apprend à être encore plus prudent qu’il ne l’était. Il quitte son poste lorsqu’il atteint l’âge de la retraite dans les organismes onusiens (62 ans).

À son retour en France, il prend contact avec Laurence Tubiana, directrice de l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI), créé en 2001 à l’interface de la recherche et de la décision. À sa demande, Lucien Chabason est mis à disposition de l’Institut, d’abord comme directeur délégué puis comme conseiller de la direction. Il retrouve à l’IDDRI la dimension de think tank qu’il avait appréciée au SRETIE et la dimension internationale du travail au PAM. Il accompagne notamment le processus de création de l’International Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), souvent qualifié de GIEC de la biodiversité, dont il espère qu’il fournira un diagnostic de la situation permettant de passer d’une politique de conservation de la nature, centrée sur les espèces et les espaces jugés remarquables, à une politique plus ambitieuse de préservation de la biodiversité. Au moment des entretiens (janvier et février 2011), il souhaite s’impliquer dans l’élaboration d’une réglementation internationale relative à l’exploitation des plates-formes pétrolières off-shore, après avoir été sensibilisé à cette question par une mission réalisée pour l’UICN en Mauritanie et renforcé dans ce projet par l’accident de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon (avril 2010).

Très tôt dans sa carrière de haut fonctionnaire, Lucien Chabason a sciemment choisi d’engager toutes ses forces au service d’une cause « périphérique », en cultivant une position d’outsider, proche du pouvoir sans appartenir à ses cercles resserrés. Son engagement pour la protection de la nature n’a pas opposé les différentes approches – intellectuelle, physique, émotionnelle et sensible, spirituelles, etc. – mais les a plutôt composées. Il s’est progressivement étendu, du Massif Central à la montagne en général, du littoral varois à la Méditerranée, sans s’arrêter aux frontières ni jamais perdre de vue « la cause » : défendre les espaces sauvages contre les nombreux intérêts qui les menacent.

Lucien Chabason demeure un « hussard vert » de la République. Il conserve un attachement viscéral, dont l’origine remonte peut-être à l’enfance, aux territoires et aux paysages préservés et une volonté farouche de les défendre. Il est convaincu que la préservation de l’environnement continuera de se heurter à de très puissants intérêts économiques et financiers, donnant lieu à des batailles où s’expriment les rapports de force des protagonistes. Contre les promesses de consensus du Grenelle de l’environnement, lui pense que les luttes ne peuvent être évitées. Il continue de veiller et d’agir.

Sources

- Entretiens avec Lucien Chabason réalisés par Isabelle Mauz et Karine Basset le 12 janvier 2011 et le 8 février 2011
- Chabason, Lucien et Theys, Jacques (1990). Plan national pour l’Environnement. Rapport préliminaire en vue du débat d’orientation. Juin 1990.
- Le Monde, 28/07/94 Environnement : un Français à la tête du PAM
- Le Monde, 10/06/95 Chabason, l’énarque bleu du PAM
- Who’s Who in France 1987-1988

Bibliographie

- Cadoret, A. (Dir.) 1985. Protection de la nature. Histoire et idéologie. De la nature à l’environnement. Paris, L’Harmattan.
- Bardet, M. (1972). La fin du paysage. Préface de B. Charbonneau. Paris : Éds. Anthropos.
- Dorst, J. (1965). Avant que nature meure. Neuchâtel, Paris : Delachaux et Niestlé.
- Gary, R. (1956). Les racines du ciel. Paris : Gallimard.
- Roger, A. et Guéry, F. (Dir.) 1989. Maîtres et protecteurs de la nature. Éds. Champ Vallon.
- Theys, J. et B. Kalaora. (1992). La Terre outragée. Les experts sont formels ! Paris : Ed. Autrement.

 

[1] Cf. Dumazedier, J. (1984). À propos de l’étude de Michael Pollak sur « Paul Lazarsfeld, fondateur d’une multinationale scientifique », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 55 : 49-53.

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