Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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BORDE Marie-Claire (1931- 2009)
samedi 13 décembre 2014
par Patrick Singelin
popularité : 36%
Fondatrice et présidente de l’Union pour la mise en valeur esthétique du Morbihan (UMIVEM), Marie-Claire Borde a consacré sa vie à la protection des sites et paysages du Morbihan. Membre jusqu’à son décès de la commission départementale des sites, elle fut appelée à siéger au sein des principales commissions nationales et régionales compétentes en matière de sites et de patrimoine. Elle est à l’initiative de nombreuses actions de sensibilisation et d’éducation à l’environnement.

Marie Claire Borde est née à Lorient (Morbihan) le 10 avril 1931. Elle est la fille d’Emile Guillerot, industriel, président de la chambre de commerce de Lorient et de Madeleine Marcesche.

L’engagement de trois sœurs en faveur de l’environnement

Son grand-père, Emile Marcesche, industriel, est lui aussi président de la chambre de commerce de Lorient. Instituteur de formation, c’est un entrepreneur et un financier qui s’est fait par lui même ; il fonde notamment les Kaolin d’Arvor, et une sorte de banque populaire et de caisse de compensation, c’est-à-dire une caisse d’allocation familiale avant la lettre. Il investit dans la production de cidre et même le négoce du charbon. Il fait l’acquisition d’un petit manoir situé à Lanester, au bord du Blavet dans un cadre enchanteur. Après les destructions de Lorient durant la seconde Guerre mondiale, la famille se réfugie dans ce manoir, qui sera le cadre de vie de Marie-Claire Borde. Ce lieu contribuera à développer sa sensibilité à l’esthétique des paysages. C’est là qu’elle passe une grande partie de sa jeunesse avec ses deux sœurs Marie-Madeleine et Marie-France et son frère Yves. Cette vie, quasi communautaire, est marquée par la foi catholique ; toute sa vie, Marie-Claire Borde fera marque d’une grande piété. Elle fait sienne cette parole prononcée en 1971 par le cardinal Villot : « toute atteinte à la création est un affront au créateur »

Sa sœur, Marie-Madeleine Martinie (née Guillerot) s’investit notamment dans l’association Breiz Santel, qui œuvre pour la protection et la restauration du patrimoine religieux en Bretagne. Quant à Marie-France, elle se consacre à promouvoir des modes de productions agricoles respectueux de l’environnement et de la santé. D’où vient cet engagement des trois sœurs ? A leur cadre de vie, à des valeurs religieuses certainement ; mais on raconte aussi leur émotion devant la mort des poissons de la petite pièce d’eau de leur cher domaine qu’elles croyaient si protégé. Cette pollution venant d’une ferme en amont leur ouvre les yeux sur la fragilité de la nature et les interrelations environnementales.

Une vie consacrée à la mise en valeur du patrimoine artistique, architectural, culturel et naturel en Morbihan

Altruiste et portée vers les autres, Marie-Claire passe son diplôme d’infirmière. Elle n’a toutefois pas l’occasion d’exercer son métier ; le 23 mai 1953 elle épouse Roger Borde ingénieur de l’armement, qu’elle accompagne au gré des mutations, en particulier à Lille et à Tarbes. Le couple a une fille, Stéphanie, et deux garçons, Hervé et Vincent, qui s’illustrent dans le sport nautique. Heureusement, Roger Borde peut rentrer en Bretagne ; il travaille dans l’industrie, notamment dans le domaine des pompes à chaleur. Ce retour de la famille se fait au manoir à Lanester, où sont restées les deux sœurs de Marie-Claire. Le trio des sœurs se reforme et conforte Mme Borde dans son désir d’engagement. L’occasion est donnée par une sollicitation en 1968 d’Henri de Segogne (1901-1979). Grand alpiniste, conseiller d’État, ancien commissaire général au tourisme, Henri de Segogne est un proche collaborateur d’André Malraux, et l’auteur d’un rapport au premier ministre, Michel Debré, sur la sauvegarde du patrimoine esthétique et culturel. Il fonde en 1967 la fédération nationale des associations de sauvegarde des sites et ensembles monumentaux (FNASSEM). Il souhaite alors trouver des relais départementaux et sollicite Mme Borde sur les conseils de Christian Bonnet (1921-) parlementaire, qui connait sa sensibilité à ces questions. Elle dépose en 1969 les statuts de l’UMIVEM, fédération des associations morbihannaises œuvrant pour la protection des patrimoines culturel et naturel. Elle en est la présidente jusqu’à son décès. Aujourd’hui l’UMIVEM regroupe 46 associations.

Dés lors sa vie est consacrée à l’action de l’UMIVEM. Elle peut compter sur le soutien discret mais efficace de son époux, qui n’hésite pas à soutenir financièrement l’association lors des périodes difficiles. Très vite elle insère son association dans les instances administratives en charge du patrimoine. Elle devient un membre incontournable de la commission départementale des sites. A une période où l’urbanisation du littoral devient une question majeure, notamment en Bretagne sud, son action est déterminante.

Dés 1969 elle engage une étroite collaboration avec Jean-Claude Pierre président fondateur de l’APPSB (association pour la protection et la promotion du saumon en Bretagne), devenue Eaux et rivières de Bretagne. L’arasement des talus, l’effacement des chemins creux réunissent les défenseurs de la qualité de l’eau et ceux du paysage Son combat vise, selon son expression, à freiner la banalisation de la Bretagne dont elle voit l’identité menacée. Sa courtoisie, sa bonne éducation et son appartenance à une grande famille du Morbihan jouent en sa faveur en particulier dans ses rapports avec les préfets. Elle gagne ses lettres de noblesse avec Christian Bonnet (alors ministre de l’intérieur et élu morbihannais) qui la qualifie publiquement avec humour de « plus grande em…deuse du département ! »

L’UMIVEM représente en effet avec ses associations locales adhérentes une force critique et vigilante sur la gestion de l’espace, notamment sur le littoral. POS, permis de construire, projet d’aménagement sont soumis aux critiques de ses membres, et Marie-Claire Borde porte ses avis tant auprès des commissions administratives que des hauts fonctionnaires départementaux et régionaux. Elle ne se fait donc pas que des amis mais son action est respectée.

Citer ses victoires (et aussi ses échecs) reviendrait à passer en revues les affaires traitées par la commission des sites entre 1970 et 2009, soit une période de trente neuf années où le littoral breton a subi ses plus grandes perturbations. Combien d’erreurs ont été évitées, combien de projets ont été améliorés, combien d’espaces ont été sauvés de la destruction, combien d’échecs aussi… ? Un bilan impressionnant dressé dans les Petites nouvelles du patrimoine et des paysages en Morbihan lors des trente ans de l’UMIVEM, en 1999. Son grand regret est de n’avoir pas réussi à définitivement protéger la ria d’Etel, un des plus gracieux paysages du Morbihan.

Elle participe par ailleurs à la vie associative régionale et est co-fondatrice de l’URBE (union régionale Bretagne environnement), qui regroupe et fédère le mouvement associatif breton dans l’ensemble des champs de l’environnement. L’initiative sera hélas sans grand lendemain. Toujours au niveau départemental, elle siège au conseil d’administration du conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) du Morbihan.

Conséquence de la notoriété de son action en Morbihan, Marie-Claire Borde se voit sollicitée par les instances compétentes régionales et nationales. Au niveau régional, elle est une des personnalités marquantes de la commission régionale du patrimoine historique, archéologique et ethnologique (COREPHAE). Elle s’investit dans la mise en place des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), et seconde le président du collège du patrimoine et des sites, l’instance régionale techniquement compétente. Cette politique patrimoniale qui associe architecture, urbanisme et paysage lui convient parfaitement et elle s’y engage avec force.

Au niveau national, elle siège à la commission supérieure des sites (1980-1997), où sont examinées les propositions de classement des sites les plus remarquables du territoire national. Mais Marie-Claire Borde se voit peu à peu associée à d’autres instances : haut comité de l’environnement (1980-1982), conseil général des ponts et chaussées (1980-1984), conseil d’administration de la Caisse nationale des monuments historiques et des sites.

Aussi tenace que combative, elle ne lâche rien

Porter la bonne parole dans les lieux de pouvoir ne lui suffit pas. Marie-Claire Borde implique l’UMIVEM dans des actions éducatives diversifiées. Tous ceux qui l’ont approchée se souviennent qu’après avoir terminé un entretien sur quelque dossier difficile, elle sortait de son sac un jeu de l’hermine, ou quelques publications pédagogiques à destination des élus ou des enfants. Pour sensibiliser les enfants au patrimoine elle conçoit en effet le jeu de l’hermine, une initiation ludique aux questions parfois arides de sauvegarde du patrimoine. Elle s’assure le concours d’Albertine Deletaille, célèbre illustratrice des albums du père castor. Suivent un puzzle et un petit livre pour enfants sur les dunes, un milieu naturel alors fortement menacé. En fin d’année, elle n’omet jamais de faire la promotion des cartes de vœux de l’UMIVEM figurant en aquarelles les plus beaux paysages du département, ceux qu’elle voulait protéger.

En 1990, elle organise un colloque sur les sites et le patrimoine à Carnac à destination des maires de Bretagne. Elle lance la publication des Petites nouvelles du patrimoine et des paysages en Morbihan, envoyées gratuitement à tous les maires du Morbihan. Avec la FNASSEM elle contribue à la réalisation par le ministère de l’intérieur d’un guide de l’élu sur le patrimoine et le paysage (édité en 1996 par la direction générale des collectivités locales). D’autres documents sont réalisés notamment sur les ZPPAUP, dont elle promeut le développement. Pour un public érudit et passionné, l’UMIVEM publie treize ouvrages sur les églises et chapelles du Morbihan avec le concours du chanoine Danigo (1909-1999).

Toujours avec le souci d’impliquer de nouveaux partenaires, et d’éventuels donateurs, Madame Borde organise sept rallyes promenades sur des thèmes différents, comme la vallée du Blavet, sur les pas de Cadoudal. Avec la presse elle contribue à un concours photo « Mon beau pays qui s’enlaidit ».

Les pressions pourtant s’accroissent sur le littoral, et Marie-Claire Borde est bien consciente que pédagogie, communication, et présence dans les commissions administratives doivent être complétées par des actions contentieuses. Avec l’aide d’associations membres de l’UMIVEM comme « Les amis des chemins de ronde », présidée par Marie-Armelle Echard et l’association Environnement 56, elle n’hésite pas à saisir la justice des infractions à la loi « littoral », au risque de ternir ses relations avec les élus morbihannais et au prix d’un travail bien ingrat, comme elle le qualifie elle-même. Elle obtient ainsi l’annulation totale ou partielle de plans d’occupation des sols et de permis de construire au tribunal administratif.

Marie-Claire Borde a consacré quarante années de sa vie à son combat pour la sauvegarde de l’esthétique des paysages naturels et urbains. Ce combat, elle l’a mené d’abord au niveau local à une époque où naissait un important mouvement en faveur de la protection de l’environnement, centré surtout sur la nature, les pollutions et les nuisances. La protection de la faune et la flore, le combat pour la qualité de l’eau, mobilisent en France des forces associatives plus nombreuses et plus jeunes que celles engagées dans la protection des paysages et de « l’esthétique ». Dans ce domaine les associations sont surtout nationales comme la FNASSEM, la société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF) ou la ligue urbaine et rurale, avec de discrets représentants locaux. C’est le mérite de l’UMIVEM et de sa présidente d’avoir su fédérer diverses associations locales et comités de défense (une cinquantaine), et leur donner un cadre d’action cohérent allant dans le sens de l’intérêt général, et donc reconnu par les décideurs. En tant qu’organisation départementale dédiée à la protection des paysages, l’UMIVEM n’a pas d’équivalent dans les autres départements bretons, même si la protection des sites est prise en compte dans les actions de l’association régionale Bretagne Vivante. En 2003, Marie-Claire Borde se voit remettre l’insigne de chevalier de la légion d’honneur par le préfet du Morbihan. Sa façon d’agir était caractérisée par la courtoisie et l’élégance des propos mais aussi par la fermeté et l’opiniâtreté. Elle s’éteint après une longue maladie, le 8 mai 2009.

Les décideurs départementaux ont eu souvent à composer avec cette femme souriante et déterminée. Elle résumait ainsi l’esprit dans lequel elle a travaillé : « Nous avons essayé de ne jamais considérer nos opposants comme des ennemis, et tenté souvent de les rallier à une œuvre que nous souhaitons faire avec eux et non contre eux ».

Sources :

- Entretien du 22 mars 2014 avec Elodie Cousty Martinie, présidente de l’UMIVEM et nièce de Marie-Claire Borde, et avec Yves Guillaumot qui fut longtemps son proche collaborateur.

- Entretien du 10 avril 2014 avec Jean Claude Pierre, président fondateur d’Eaux et Rivières de Bretagne.

- Petites nouvelles du patrimoine et des paysages en Morbihan. N°21 2003

- Cahiers de l’UMIVEM N°62 ,1999

- Mes relations professionnelles (DRAE, DIREN) avec Mme Borde entre 1986 et 2008

 
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