Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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dimanche 8 janvier
Décès de Monsieur Pierre Pfeffer. Durant un demi-siècle il fut un acteur majeur de la protection de la nature, tant au plan national qu’international. Voir sa biographie.
 
CHIMITS Pierre (1912-1985)
dimanche 9 janvier 2011
par Bernard Glass
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C’est à Bayonne qu’est né, le 31 mars 1912, Pierre Chimits. Aîné d’une fratrie de trois frères et d’une sœur, il reçoit de son père basque et de sa mère landaise une éducation rigoureuse et volontariste marquée par le sens de la famille, du travail et du devoir et par l’attachement au Sud-ouest, de la Gironde aux Pyrénées occidentales en passant par les Landes et le Pays basque. Il fait de brillantes études à Bordeaux axées sur les sciences du vivant. Il entre en 1931 à l’Institut national agronomique et, en 1933, à l’Ecole nationale des eaux et forêts à Nancy dans la 108ème promotion, dont il sort « garde général » le 1er septembre 1935.

Passionné par la vie aquatique et l’hydrobiologie il est nommé au service de la pêche du Bassin Adour-Garonne à Bayonne en 1936. De 1936 à 1939, il crée les piscicultures domaniales de Cauterets, Bagnères-de-Bigorre, Lees-Athas, Argelès-Gazost. Il introduit des truites communes dans de nombreux lacs ainsi que les échelles à saumon sur le Gave d’Oloron. Ce « virus piscicole » l’affectera tout au long de son existence.

Mobilisé en 1940, fait prisonnier, il s’évade dans des conditions difficiles. Il reçoit la Croix de Guerre et la Médaille des Evadés. A son retour il est affecté à l’inspection des Eaux et Forêts d’Oloron dans les Basses Pyrénées puis, en novembre 1944, à la direction générale des Eaux et Forêts à Paris où il assume les fonctions de chef de service de la 1ère région piscicole. C’est aussi la période où il construit son foyer en épousant Suzanne Feraud également issue d’une famille landaise, dont il a deux filles.

Il revient dans sa région natale, à Pau, en août 1949, comme chef du service de la Restauration des Terrains en Montagne (RTM). Dans les Basses et Hautes-Pyrénées, il réalise les travaux de correction torrentielle, les paravalanches de Barèges et de La Mongie et les anti-dérochoirs de Cauterets sans oublier les alevinages des lacs de montagne.

En 1955 il est délégué comme expert technique à Rome auprès de la FAO (Food and Agriculture Organisation), division de la pêche, pour des missions de lutte contre la faim par la production piscicole. Ces activités le conduisent en Moyen et Extrême-Orient, notamment à Java.

Rappelé en 1957 dans les Pyrénées, au service RTM de PAU (33ème Conservation des Eaux et Forêts, dirigée par le conservateur Georges Hias), il pilote notamment l’ouverture de routes sylvo-pastorales, comme celle d’Iraty, et de nombreuses réalisations en matière de pastoralisme. A la faveur de ses déplacements et de ses inspections, il noue des relations très confiantes avec élus et responsables locaux.

Il va vivre le prélude du Parc national pyrénéen, car en 1962, Georges Hias, son collègue et ami, ayant pris sa retraite, s’est vu confier par le ministre de l’Agriculture, une étude de faisabilité d’un parc national avant l’ouverture officielle de la procédure de création. Le contexte semble favorable car le Conseil général des Hautes-Pyrénées, la commune de Cauterets et la Société pyrénéenne d’économie montagnarde ont souscrit à un tel projet, avant et après la loi de 1960.

Georges Hias a identifié un certain nombre d’éléments défavorables à la création du Parc à cause de la forte densité de population, de l’importance du pastoralisme relevant des très anciennes commissions syndicales en vallée, de la structure même de la chaîne pyrénéenne avec ses vallées en peigne indépendantes les unes des autres, habituées à vivre dans une sorte d’autarcie et surtout de la personnalité du pyrénéen très soucieux de son indépendance et méfiant, en particulier du pouvoir central.

Néanmoins l’administration souhaite un parc national des Pyrénées. Le 13 décembre 1963, le ministre de l’Agriculture, Edgard Pisani, charge Pierre Chimits d’élaborer ce projet. L’année suivante, Pierre Chimits parvient à une première esquisse avec une zone centrale de 50 000 ha, s’étendant sur une longueur de 80 km et sur une largeur de 2 à 12 km. Elle est limitée par la frontière espagnole et le parc national d’Ordessa. Une importante zone périphérique de 180 000 ha comportant 61 communes est rattachée au parc. Mais une plaquette d’information sur ce projet, à diffusion locale, donne naissance à une forte opposition fondée sur les raisons déjà évoquées par Georges Hias auxquelles s’ajoutent la problématique de l’ours et celle du transfert de pouvoirs des maires au directeur du parc.

Le préfet honoraire Roger Moris, président de l’association des amis du parc national des Pyrénées relate ainsi, dans son hommage post-mortem de 1985 à Pierre Chimits, cette période : « Au cours des mois, les craintes les plus diverses, les rumeurs incontrôlables créèrent un climat de tension se traduisant par des campagnes de presse, des débats passionnés dans les réunions. On parla successivement, au cours de quatre années, de la « question » puis de « l’affaire » du parc national. Si l’on n’en vint pas jusqu’à la « bataille » c’est en grande partie grâce au calme dont sût faire preuve Pierre Chimits. Aucun obstacle ne le décourageait, parcourant sans relâche ses quatre vallées, il avait la patience d’écouter, le courage de persévérer, le don de mettre en confiance, le goût de la démonstration et de la synthèse, et s’il le fallait, l’esprit de la transaction ».

Le décret de création du parc national des Pyrénées Occidentales est pris le 23 mars 1967 et Pierre Chimits est nommé directeur du parc. Les réserves naturelles de la vallée d’Ossau et du Néouvielle prolongent à l’est et à l’ouest le parc qui a une zone périphérique de 206 000 ha couvrant 72 communes. Il exerce cette fonction durant dix années jusqu’à sa retraite en 1977.

Les commentaires de Roger Moris font ressortir l’exemplarité de ce parcours décennal : « Il allait exprimer, à ce poste, son allégresse du commandement opérationnel (...) Présent sur place, il disposait de tous les moyens de satisfaire sa passion pour une action réaliste et responsable (...) Au cours des débats qui avaient opposé partisans et adversaires de la création du parc national, les sceptiques avaient coutume de dire : « le parc sera la meilleure ou la pire des choses suivant l’usage qui en sera fait ». Il pensait, sans doute, que les espoirs raisonnables qu’il avait placés dans cette création, s’étaient, dans l’ensemble, réalisés et que le parc était « la meilleure des choses » compte tenu de l’obligation de le laisser ouvert au public. Il considérait aussi que le parc national et son frère le « pré-parc » faisaient partie, désormais, du patrimoine historique et culturel de nos provinces pyrénéennes, et il espérait en avoir fait une utile démonstration.

Atteint par la limite d’âge en 1977, il quitte ses fonctions avec le titre de directeur honoraire du parc national. Il est promu officier de la Légion d’Honneur, du Mérite National, du Mérite Agricole et des Palmes académiques. Sa carrière exemplaire est également marquée par de nombreux articles sur la pêche et la faune pyrénéenne notamment dans Le Bulletin français de pisciculture et Le Chasseur français sous les noms de Delaprade et de Lartigue, et dans la revue Pyrénées ainsi que par deux ouvrages, La pêche sportive en mer et, comme co-auteur, Le grand livre de la mer et des poissons.

Retrouvant ses racines dans les Landes à Moliets, il se préoccupe de la préservation du célèbre courant d’Huchet et pratique la pêche au lancer, son sport favori, tout en veillant à la qualité de sa vie familiale et en maintenant les contacts avec le parc national comme membre du comité scientifique et de l’association des amis du parc dont il devint le président en 1983. Mais, le 9 avril 1985, il est terrassé pendant son sommeil, au grand désarroi de ses proches et de ses nombreux amis.

Le docteur Jean Peyresblanque, un ami landais, résume sa perception du directeur du parc comme suit : « le parc était son enfant chéri. Il s’y dévoua sans compter, jamais fatigué, « increvable ». Je me souviens d’une journée passée en montagne avec lui pour observer les vautours et les isards, et retournant le soir à Moliets, se voir proposer de « faire » une garolle à une heure du matin pour manger des turbots (...) Tout l’intéressait. L’ours dont on parle tant maintenant et dont il m’apprit qu’il adorait les myrtilles. Les isards et leurs maladies à traiter, les maladies des moutons et les mesures de prévention qu’il réussit à imposer. La danse des tétras dans la fluidité lumineuse de nos sous-bois pyrénéens. Tout le passionnait (...) Il était arrivé à s’intégrer à cette montagne qui convenait si bien à son pas allongé et affinait sa silhouette. Il l’aimait totalement : dans ses hommes secrets et tenaces comme lui, dans sa faune sauvage et sa flore somptueuse ».

Tous ceux qui ont connu Pierre Chimits, en particulier Bernard Glass qui, en 1977 lui a succédé comme directeur du parc, partagent l’opinion que, sans lui, le parc national des Pyrénées n’aurait probablement pas vu le jour.

 
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