1971 - 2021 : Les 50 ans du ministère
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L’UNESCO en avant garde

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C’est le premier directeur général de l’UNESCO, le biologiste britannique Julian Huxley (1887-1975), lui-même très préoccupé par les atteintes portées aux milieux naturels et par les déséquilibres mondiaux qui, durant son mandat (1946-1948), introduit la prise en compte de ces préoccupations par l’organisation, considérant « que la bataille ne pourra être gagnée que lorsque les masses et l’ensemble des élites auront été convaincus des dangers qui les menacent ». Les missions de l’UNESCO portant sur l’éducation, la science et la culture, il lui paraissait légitime de faire en sorte que ces trois leviers soient mis au service de la protection de la nature bien que celle-ci ne soit pas explicitement mentionnée dans ses attributions.

Les réflexions et réunions préparatoires à la création de l’Union International pour la Protection de la Nature (UIPN, aujourd’hui UICN) qui se déroulèrent à Brunnen, en Suisse à partir de 1946, lui donnèrent l’occasion d’impliquer l’UNESCO, les promoteurs de cette création ayant suggéré qu’elle le fût sous ses auspices. Ainsi, Julian Huxley, en apportant l’aide et la caution de l’UNESCO à l’officialisation de la création de l’UIPN à Fontainebleau, ouvrit la voie à une collaboration régulière des deux institutions et à la mise sur orbite de l’Union.

Durant son mandat qui ne dura que deux ans, il reçut mission de l’Assemblée générale de Mexico, en 1947, de participer à la préparation et aux délibérations de la future conférence des Nations Unies de Lake Success, mission qui fut complétée l’année suivante, lors de l’Assemblée générale de Beyrouth par la demande d’organiser une conférence technique internationale pour la protection de la nature sous les auspices de l’UNESCO.

Ces deux conférences qui se tinrent en 1949 en même temps, et au même endroit, s’observèrent et se répondirent l’une à l’autre, les deux institutions organisatrices ayant chacune leur vision sur les questions mises à leur ordre du jour respectif : conservation et utilisation des ressources naturelles pour le Conseil économique et social des Nations Unies, protection de la nature pour l’UNESCO. On avait déjà là, présents, mais non encore intégrés les trois « piliers » du développement durable qui sera conceptualisé dans le « rapport Brundtland » Notre avenir à tous, préparatoire au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992 : l’économie, le social et l’environnement… dans cet ordre !

Dans les années 1950 et 1960, l’action de l’UNESCO est multiforme sur ces questions, notamment sous l’influence d’un autre directeur général charismatique de l’organisation, le professeur de philosophie français René Maheu (1905-1974), qui la dirige de 1962 à 1974 et d’un autre français, l’ingénieur, physicien et juriste Michel Batisse (1923-2004) qui en sera le sous-directeur général pour les sciences. Cette action consiste tout autant à faire réaliser des études sectorielles, qu’à favoriser la création d’institutions scientifiques dédiées à la connaissance des milieux naturels, qu’à l’organisation de colloques tel celui de Beyrouth en 1954 sur la protection de la nature dans la région du Proche Orient.

En 1962, l’UNESCO adopte une recommandation concernant « la sauvegarde de la beauté et du caractère des paysages et des sites ». En 1965, elle lance la revue Nature et ressources.

Avec son soutien, en 1966, est lancé par le Conseil International des Unions Scientifiques, le premier programme à envergure mondiale de recherches écologiques sur le fonctionnement des écosystèmes de la planète qui sera connu sous le nom de « Programme biologique international (PBI) ». Il s’achèvera en 1974 par une somme considérable de connaissances qui irrigueront plusieurs années durant, les réflexions sur la gestion et la conservation des ressources.

Mais c’est en 1968, avec la Conférence Intergouvernementale d’Experts sur les Bases Scientifiques de l’Utilisation Rationnelle des Ressources de la Biosphère que l’UNESCO organise à Paris, et qui sera présidée par un français, le docteur François Bourlière (1913-1993), que l’organisation atteint le plein développement de son action et de son influence en faisant avancer la réflexion sur l’utilisation des ressources naturelles et leur conservation et en la mettant à l’agenda de la conférence de Paris. Michel Batisse, qui est un des premiers à avoir pensé la gestion intégrée de l’environnement en est l’inspirateur et le secrétaire général. Il sera le « père » du programme MAB (Man and Biosphere), « l’Homme et la biosphère » que l’UNESCO lancera à la suite, en 1971, dont on commémore cette année le cinquantième anniversaire.

Parallèlement, cette année-là, le 2 février, l’organisation patronne la conférence dite de Ramsar en Iran qui adoptera la convention de même non sur la préservation des zones humides, l’une des toutes premières conventions internationales dédiée à la protection de la nature, dont on commémore aussi le cinquantième anniversaire cette année. Est inscrit pour la première fois dans un texte juridique international la préoccupation portée par Michel Batisse et l’UNESCO de ne plus séparer la conservation de l’utilisation (rationnelle) des ressources. Dans les considérants, les Parties contractantes considèrent que les zones humides « constituent une ressource de grande valeur économique, culturelle, scientifique et récréative dont la disparition serait irréparable ». Ayant affirmé cela, la convention dispose dans son article 3 que « les Parties contractantes élaborent et appliquent leurs plans d’aménagement de façon à favoriser la conservation des zones humides inscrites sur la Liste et, autant que possible, l’utilisation rationnelle des zones humides de leur territoire ».

Le tournant conceptuel dont ce texte témoigne, est illustré par les propos introductifs à la conférence de Paris qu’avait tenu le directeur général adjoint de l’UNESCO, représentant M. Maheu, absent pour raison de santé. Ils en donnaient le ton et l’objectif : « Au-delà de l’élaboration de méthodes scientifiques rationnelles de gestion du patrimoine naturel de l’humanité, la conférence doit créer un courant de « pensée écologique » parmi les savants, les politiques, et au sein du grand public afin de développer une meilleure compréhension des relations entre l’Homme et la nature en tant que partie du problème plus vaste des relations entre l’Homme et son environnement ».

Les questions mises au programme des conférences de 1949 et 1968 vont, à vingt ans d’intervalle, constituer le soubassement d’un questionnement plus large et plus profond qu’introduisent ces propos. À une réflexion sur les moyens scientifiques, techniques et juridiques de protéger la nature, va s’ajouter, voire se substituer, une réflexion sur les causes et les origines du saccage de la planète, pointant « la marche du monde » lancée dans une course éperdue pour la domination de la nature ayant pour conséquence l’épuisement des ressources naturelles. Ces questionnements abordés dans la conférence de Paris, vont ensuite migrer vers celle de Stockholm qui se prépare déjà à ce moment-là.

Succédant à l’euphorie des deux premières décennies d’après-guerre, une question commence à monter dans la société et auprès de certains dirigeants de grands organismes internationaux : comment faire face aux déséquilibres mondiaux qui se sont creusés entre pays développés et pays sous-développés ? Comment penser une nouvelle croissance plus respectueuse des équilibres humains et environnementaux ? Pour investir et tenter d’apporter des réponses à ces questions, Alexander King (1909-2007), alors directeur général pour l’éducation et la science à l’OCDE et Aurelio Peccei (1908-1984), cadre et administrateur de la firme italienne FIAT, créent cette même année 1968, un groupe informel de recherche et de proposition. Ce groupe, qui se fera connaître sous le nom de « Club de Rome », connaîtra un énorme succès de librairie avec, en 1972, la publication du rapport The Limits to Growth, dit rapport Meadows du nom de son principal rédacteur (qui sera traduit dans l’édition française par l’interrogation Halte à la croissance ?). À l’instar d’un Julian Huxley, empreint de pessimiste sur la fin de sa vie, les auteurs y prédisent que si rien n’est entrepris pour stabiliser à terme le système mondial de production et de consommation, la croissance matérielle sans limite conduira tôt ou tard à son effondrement.