Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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La rose et les Verts. Une histoire environnementale de Mai 1981 et des "années Mitterrand"

Cet appel à communication vise à nourrir une journée d’étude le 21 avril 2021, autour de l’histoire environnementale de la France des années Mitterrand, des années (1976-1981) de marche vers la victoire électorale de mai 1981 – qui furent aussi des années d’affirmation d’alertes et de luttes écologiques – aux années de gauche gouvernementale en 1981-1986. Il s’agira notamment d’analyser les acteurs et enjeux socio-écologiques de la période et d’étudier l’action publique de ces années dans ses rapports aux milieux de vie et aux matérialités.

Les propositions de communications (2000 à 5000 signes maximum, incluant 5 à 10 références bibliographiques maximum) doivent être transmises avant le 30 novembre 2020 à Renaud Bécot (renaud.becot@sciencespo-grenoble.fr) et Christophe Bonneuil(christophe.bonneuil@cnrs.fr).

Les auteurs des contributions seront informés de la sélection de leurs propositions début décembre 2020. Comité scientifique : Renaud Bécot, Christophe Bonneuil, Benoit Monange (FEP) et Bastien François (FEP, Univ. Panthéon-Sorbonne)
Un texte de travail (environ 30.000 signes) sera attendu une semaine avant la journée et distribué aux participants.

Les participants qui souhaiteraient obtenir une prise en charge des frais de transports doivent le signaler lors de l’envoi de leur communication.

Organisation : Renaud Bécot (Sciences Po Grenoble, PACTE – UMR5194) & Christophe Bonneuil (CNRS, CRH – UMR8558) en partenariat avec la Fondation de l’Écologie Politique (FEP).

Cette journée s’inscrit dans le cadre du séminaire « Histoire environnementale de la France au XXe siècle » (EHESS).

Texte de l’appel

Au croisement de l’histoire politique et de la science politique, plusieurs chantiers de recherche se sont récemment proposés de revenir sur "les années Mitterrand" (Ollitrault, Richard, 2018 ; Saunier, 2019). Certains processus ont fait l’objet d’éclairages particuliers en histoire sociale comme en histoire économique, ainsi du "tournant néolibéral" de 1983 (Descamps, Quenouëlle-Corre, 2018). De nombreux fonds d’archives étant désormais accessibles, les historien·ne·s ont donc désormais investi ces années comme objet d’histoire, mais les dimensions socio-écologiques sont encore reléguées aux marges de ces travaux.

Plusieurs questions méritent pourtant d’attirer une attention historienne plus soutenue. En effet, les ministères de Michel Crépeau (1981-1983) et Huguette Bouchardeau (1984-1986) sont souvent mentionnés comme des repères importants dans la chronologie de l’action publique environnementale. La nomination d’une ministre issue du Parti socialiste unifié (PSU), composante dynamique des mouvements écologistes de la décennie précédente, reste souvent présentée comme une voie de sortie des années 1968 qui conduirait vers une "institutionnalisation" de l’écologie politique. Ce tournant mérite d’être remis en perspective, non seulement en éclairant les nuances de positionnement des courants écologistes, mais aussi en étudiant les inflexions au sein des organisations et des acteurs se revendiquant de l’écologie politique après 1983.

Les mandats de ces ministres sont aussi marqués par une évolution de l’action publique en matière d’environnement. Alors que la jeune administration de l’Environnement se stabilise et que ses effectifs s’étoffent, il serait nécessaire de mieux comprendre dans quelle mesure les années Mitterrand participent (ou non) d’une montée en puissance de la rationalité environnementale au sein de l’État. Des études de cas précises restent à mener sur des processus qui marquent l’action publique dans ces années. Ainsi, plusieurs controverses sanitaires et écologiques (à commencer par les affaires des déchets de Seveso et des décharges de produits industriels) interpellent frontalement l’administration comme les cabinets des Ministres. Il serait également nécessaire de mieux comprendre l’évolution des cultures professionnelles des agents de l’Environnement. Enfin, les ministères Crépeau et Bouchardeau sont marqués par la préparation de lois importantes dans le droit de l’environnement (à commencer par la loi sur la démocratisation des enquêtes publiques, la loi Montagne ou la loi Littoral), dont les conditions d’élaboration pourraient être mieux documentées à partir des archives.

Au-delà des compétences relevant directement des administrations de l’environnement, les implications écologiques des politiques sociales et économiques doivent être explorées. Quelles furent les cadrages et les réponses données aux questions écologiques dans le nouveau ministère "de la Recherche et de l’Industrie", ou encore ceux des transports et de l’agriculture ? Quelle fut la part des enjeux environnementaux dans les nationalisations - notamment des entreprises de la chimie, et quelles furent les implications écologiques de la mutation des stratégies de gestion du secteur public de l’énergie ? A l’heure d’une accélération de la désindustrialisation de territoires productifs, comment fut organisée la prise en charge de la santé des populations exposées à l’héritage toxique de ces anciennes activités industrielles ?

Plutôt que de postuler des ruptures, cette journée interroge les continuités et inflexions entre les "années Giscard" et les "années Mitterrand" dans les politiques agricoles, énergétiques, d’aménagement ou dans la gestion des pollutions et des risques. Il s’agira ainsi d’interroger les capacités d’action face aux dégâts sociaux et environnementaux de la mondialisation. Alors que l’onde de choc de certaines catastrophes internationales est ressentie dans l’hexagone (en particulier au lendemain de l’accident de Bhopal), les institutions européennes se dotent aussi de compétences environnementales dont l’articulation avec l’action publique nationale mériterait d’être davantage examinée (ainsi des conflits européens concernant l’essence sans plomb ou la pollution des eaux). En même temps que les dimensions transnationales, ce sont aussi plus spécifiquement les relations avec les espaces post-coloniaux qui devront être interrogés. Quels impacts et évolutions des pratiques néocoloniales en Françafrique ? Plusieurs conflits socio-écologiques marquent également les DOM-TOM au cours des "années Mitterrand" (essais nucléaires dans le Pacifique, usage de toxiques dans les exploitations agricoles de l’espace caribéen, usage des ressources minières dans plusieurs territoires ultramarins).

Quatre principaux axes pourraient retenir l’attention dans cette journée :

1. Une attention sera portée aux mutations de l’action publique environnementale dans la première moitié des années 1980, en privilégiant des études de cas permettant de documenter des controverses ou d’éclairer les conditions d’élaboration de certaines politiques et de certaines lois (et les jeux d’acteurs associés, y compris du côté patronal). Les contributions proposant d’éclairer les implications écologiques de politiques publiques qui ne relèvent pas des seules compétences des administrations de l’environnement seront particulièrement appréciées (enjeux environnementaux des nationalisations, des programmes d’équipements publics).

2. Étudier la gauche mitterrandienne comme une écologie particulière implique aussi, outre les approches centrées sur la geste de l’action publique et le temps court du politique, de développer des regards d’histoire plus qu’humaine (histoire animale, troisième nature, etc) et des lectures systémiques et matérielles (flux d’énergie et de matière, temporalités plus longues et moins réversibles des infrastructures et des matériaux, etc.)

3. Les contributions permettant d’éclairer les évolutions dans l’extractivisme en Françafrique et dans l’échange écologique inégal seront particulièrement attendues. Les perspectives dépassant l’hexagone pour s’intéresser aux DOM-TOM et les approches post- et dé-coloniales seront également bienvenues.

4. Dans la mesure où les trajectoires militantes de sortie des années 1968 ont déjà fait l’objet de nombreux travaux, l’intérêt portera sur l’étude des transformations des mouvements sociaux et écologistes à l’épreuve de l’entrée dans les institutions de l’union de la gauche (structuration de l’écologie politique, féminisme et écoféminisme, rapports de la gauche de gouvernement, des écologistes et des associations de défense de la nature, évolutions des syndicats sur les enjeux socio-environnementaux, évolutions sociales, culturelles et électorales, etc.).

Références (sélection)

  • Audier Serge, L’âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques, Paris, La Découverte, 2019.
  • Bantigny Ludivine, La France à l’heure du monde. De 1981 à nos jours, Paris, Seuil, 2013.
  • Barré Rémy, Lavoux Thierrey, Piveteau Vincent (dir.), Un demi-siècle d’environnement entre science, politique et prospective. En l’honneur de J Theys, Paris, Quae, 2005.
  • Bess Michael, La France vert clair  : Ecologie et modernité technologique 1960-2000, Seyssel, Champ Vallon Editions, 2011. Ainsi que les recensions critiques de cet ouvrage :
  • Jarrige François, « De l’écologie politique en France », La vie des idées, 13 décembre 2011. En ligne : https://laviedesidees.fr/De-l-ecologie-politique-en-France.html
  • Massard-Guilbaud Geneviève, « La France, une ‘‘société vert clair’’ ? Retour sur The Light Green Society : Ecology and Technical Modernity in France, 1960-2000 », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 113, 2012, p. 205-210.
  • Bouleau Gabrielle, « Ecologisation de la politique européenne de l’eau, gouvernance par expérimentation et apprentissages », Politique européenne, n° 55, 2017, p. 36-59.
  • Boullet Daniel, Entreprises et environnement en France de 1960 à 1990. Les chemins d’une prise de conscience, Genève, Droz, 2006.
  • Descamps Florence, Quennouëlle-Corre Laure (dir.), « 1983, un tournant néolibéral ? », Vingtième Siècle, n° 138, 2018.
  • Demmer Christine, « Nationalisme minier, secteur nickel et décolonisation en Nouvelle-Calédonie », Cahiers Jaurès, n° 230, 2018, p. 35-52.
  • Fontaine Marion, Vigna Xavier (dir.), « La désindustrialisation, une histoire en cours », 20 & 21. Revue d’histoire, n° 144, 2019, p. 2-17.
  • Ghis Malfilatre Marie, Santé sous-traitée. Ethnographier les mobilisations contre les risques du travail dans l’industrie nucléaire en France (1968-2018), Thèse de sociologie, EHESS, 2018.
  • Gramaglia Christelle, "No Environmental Justice Movement in France ? Controversy about Pollution in Two Southern French Industrial Towns", Analyse & Kritik, 36/2, p. 287-314.
  • Mouhot Jean-François, Mathis Charles-François, « Du manque de visibilité de l’écologisme français et de ses penseurs au xxe siècle », Écologie & politique, 44/1, 2012, p. 11-27.
  • Ollitrault Sylvie, Richard Gilles (dir.), Les années Mitterrand (1984-1988). L’alternance et la première cohabitation vues des régions, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018.
  • Saunier Georges (dir.), Mitterrand, les années d’alternance (1984-1988), Paris, Nouveau Monde éditions, 2019.
  • Lascoumes Pierre, L’Eco-pouvoir. Environnements et politiques, Paris, La Découverte, 1994.
  • Lascoumes Pierre, Instituer l’environnement : vingt-cinq ans d’administration de l’environnement, Paris, L’Harmattan, 1999.
  • Villalba Bruno, De l’identité des verts. Essai sur la constitution d’un nouvel acteur politique, Thèse de doctorat en Science politique, 1995, Univ. Lille 2.
  • Warlouzet Laurent, Governing Europe in a Globalizing World. Neoliberalism and its Alternatives following the 1973 Oil Crisis, London, Routledge, 2018.
  • Vrignon Alexis, La naissance de l’écologie politique en France. Une nébuleuse au cœur des années 68, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2017.

Par Henri Jaffeux

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