Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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DEVIES Lucien (1910-1980)

Lucien Devies est né à Paris. Il a exercé sa carrière professionnelle dans un milieu a priori éloigné des préoccupations environnementales puisque, juriste de formation, il a longtemps dirigé une entreprise de transport sur rails et de manutention. Mais sa vie tout entière a été placée sous le signe d’une passion, la montagne, et c’est à ce titre qu’il a été amené à militer pour sa protection.

Il a joué un rôle déterminant dans le monde de l’alpinisme pendant près d’un demi-siècle, des années 1930, jusqu’aux années 1970. Pratiquant de haut niveau, il a été l’auteur de plusieurs premières d’envergure comme la face Nord-Ouest de l’Olan (massif des Ecrins) avec Giusto Gervasutti en 1934. Il a grimpé avec les meilleurs alpinistes de son époque (Angelo Dibona, Armand Charlet, Jacques Lagarde, Jean Franco…). Il a aussi été un animateur et un organisateur hors pair, accumulant les responsabilités et les honneurs (même s’il ne les cherchait guère) puisqu’il a été, tour à tour ou simultanément, président du Groupe de haute montagne (GHM), qui rassemble la fine fleur de l’alpinisme international, du Club alpin français (CAF) et de la Fédération française de la montagne (FFM).

C’est à lui que l’on doit la mise sur pied de l’expédition française à l’Annapurna (1950, qui marque un tournant dans l’histoire de l’himalayisme (c’est la première conquête d’un sommet de plus de 8 000 mètres). Elle ouvre une décennie particulièrement féconde pour l’alpinisme français avec les succès sur le Fitz-Roy (1952), le Makalu (1955), la Tour de Mustagh (1956), le Jannu (1962)…

Rédacteur puis directeur de rédaction de la revue Alpinisme (1935-1954) puis de La Montagne et Alpinisme (1955-1973), Lucien Devies a joué un rôle de premier plan dans la défense d’une « certaine idée de l’alpinisme », notamment à travers sa chronique alpine. Au-delà du simple recensement des grandes courses, il a su jeter un regard lucide et sans complaisance sur les grandes évolutions en cours dans le monde de l’alpinisme, qu’il s’agisse de nouvelles techniques, d’éthique de l’escalade ou des atteintes portées au milieu naturel. Ce dernier aspect renvoie chez lui à une préoccupation très ancienne : dès 1934, on le trouve aux côtés de ceux qui se battent vigoureusement contre un projet de téléphérique à la Meije. Plus tard, il participe au classement du site du Mont-Blanc (1951) en tant que membre de la Commission supérieure des sites (où il siègera au titre du CAF pendant près d’un quart de siècle). Il apporte sa contribution à d’autres causes, avec plus ou moins de succès : opposition infructueuse à la liaison Aiguille du Midi-col du Géant (1954), protection des Calanques, participation aux réflexions ayant conduit à la création de la Grande Traversée des Alpes. En avril 1962, il publie un plaidoyer vigoureux contre le sur-équipement de la haute montagne… même si, par ailleurs, le CAF joue, à l’époque, un rôle non négligeable dans la construction de refuges en haute montagne.

Personnage peu médiatique (dirait-on aujourd’hui), Devies préfère les contacts directs et discrets et la persuasion aux coups d’éclat. Les multiples organismes, commissions et comités siégeant auprès de l’administration, auxquels il participe en tant que représentant du CAF ou de la FFM lui permettent de mobiliser ses réseaux, de convaincre, de faire du travail en profondeur. Pour reprendre les termes de Philippe Traynard, c’est un homme d’influence plus que de pouvoir. A-t-il été de ceux qui, au CAF, ont suggéré en 1954 la création d’un parc national français, proposition qui aboutira quelques années plus tard à la création du parc de la Vanoise ? L’histoire est muette sur le sujet mais l’hypothèse est défendable. En revanche, on sait que Lucien Devies a joué un rôle incontestable dans la genèse du parc national des Écrins, un massif qui lui tient particulièrement à cœur car c’est un des hauts lieux de l‘alpinisme. Après un premier article publié en décembre 1963 dans la revue du CAF La Montagne et Alpinisme « Pour un parc national en Haut Dauphiné », il revient à la charge en décembre 1969 avec un article au titre sans ambiguïté « Pour le parc national des Ecrins ». Son appel sera entendu puisque le parc sera créé quatre ans plus tard.

Source : diverses contributions à l’ouvrage collectif Lucien Devies. La montagne pour passion. Actes d’un colloque qui s’est tenu à Paris en 2004


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